Pencak Silat

Nous vous avions annoncé dans un article précédent (lire notre billet Découvrez le Pencak Silat Seni Gayong, art martial malais) une interview exclusive de Shaiful Hakim, représentant officiel du Pencak Silat Seni Gayong en France, envoyé par la Malaisie pour enseigner cet art. C’est chose faite. Merci à Shaiful Hakim pour son amabilité et sa disponibilité. Ainsi qu’à son assistant Daoud.

Al-Kanz : Nous avons pu voir dans une vidéo à quoi ressemble le pencak silat. Pourriez-vous nous en dire plus sur les origines de cet art martial ?

Shaiful Hakim : Le mot silat est surtout utilisé en Malaisie, au sud de la Thaïlande et à Singapour. Quant à pencak (prononcé penchak) est beaucoup plus utilisé sur l’île de Java, en Indonésie, à Bornéo et aux Philippines. Nous avons choisi de l’appeler “pencak silat”, pour définir l’art martial chez les Malais. Par malais, il faut entendre l’ethnie qui parle le melayu (malais) et qui est de confession musulmane. Le terme “silat” a beaucoup de significations dont les suivantes : silap, qui veut dire tromper dans le combat, silah qui désigne le lien entre un serviteur avec son Seigneur et silaturrahim, terme que l’on utilise en Malaisie à propos du lien faternel entre les musulmans [note d’Al-Kanz : en arabe, ce terme désigne précisément le lien qui lit une personne avec toute personne de sa famille ou de sa belle-famille (liens du sang et d’alliance)].

Le pencak silat se fonde sur trois composantes : le beladiri (self-defense, technique martiale, art de faire la guerre et de l’arrêter), le seni (partie artistique, danse martiale) et le kebatinan (partie spirituelle, ta’alim, éducation de l’islam). Récemment, la fédération internationale a fondé une quatrième partie sportive (olahraga) afin de vulgariser cet art et lui permettre de se propager. C’est une compétition en combat libre, une sorte de danse avec arme, qui se fait soit en solo, soit à deux ou trois personnes.

Le pencak silat seni gayong existe depuis très longtemps en Malaisie, depuis bien avant le 14e siècle. On possède des sources qui confirme que cet art marial était pratiqué par les chevaliers du royaume musulman de Malacca en Malaisie.

Al-Kanz : Vous êtes mandaté par la Malaisie pour venir enseigner cet art en Europe. Qu’est-ce qui a motivé votre arrivée en Europe ? Et quels sont vos objectifs en termes de formation ?

Shaiful Hakim : Je suis étudiant en master Energétique et propulsion aérospatiale et terrestre à Paris. Je suis en France depuis 2002 pour poursuivre mes études en ingénierie pendant 7 ans. Puis je retournerai définitivement en Malaisie en 2009, in châ’a-Llâh. Je suis en outre mandaté par la fédération de silat seni gayong de Malaisie, avec les ijazah (permission) d’enseigner, de former et de décerner des titres officiels aux instructeurs. Je suis moi-même instructeur depuis 1998 et j’ai le grade de gurulatih (jeûne maître) depuis 2004. Al Hamduli-Llâh…

Al-Kanz : Combien de clubs gérez-vous ? Est-ce que vous comptez en ouvrir de nouveaux dans les prochains mois ?

Shaiful Hakim : J’ai un club au Mée-sur-Seine, en Seine-et-Marne (77) où je suis assisté de Daoud. J’ai un autre club aussi à Bondue, près de Lille, où m’assiste Benjamin. Le troisième, qui est le plus récent, est à Dublin en Irlande. Mon assistant là-bas s’appelle Fadhlil. In châ’a-Llâh, dans les jours qui viennent, je vais commencer à former des gens dans deux clubs anglais, l’un à Bristol l’autre à Manchester. On m’a sollicité pour ouvrir un club en Algérie, à Alger. Mais avec le temps qu’il me reste (je suis étudiant), cela ne va pas être possible. Qu’Allah me facillite prochaine fois in châ’a-Llâh.

Al-Kanz : Quelles particularités le pencak silat a et que n’ont pas par exemple le karaté, le judo ou tout autre art martial ? En d’autres termes, pourquoi pratiquer ce sport et non un autre ?

Shaiful Hakim : Le pencak silat enseigne un ensemble de techniques très efficaces et très variées : travail au sol, pieds et poings, clés, armes blanches, acrobatie, projection. C’est en outre une éducation qui se fonde notamment sur l’islam. Il faut se dire que c’est un art martial né chez les Malais avant la venue de l’islam, mais perfectionné après son arrivée. Le pencak est à la fois très simple, très complexe et très beau. Mâ châ’a-Llâh.

Al-Kanz : Comment faire la différence entre le pencak silat et les autres branches de pencak ?
Shaiful Hakim : Notre style trouve ses racines chez les Bugis, un peuple malais résidant en Sulawesi (Célèbes), une île d’Indonésie, mais qui fait partie de la Malaisie. Chaque région a un style différent. Il est facile de distinguer chaque branche par la s simple observation. Certaines sont spécialisées dans les techniques de casse, d’autres dans le travail d’imitation des animaux, etc.

Pencak Silat

Al-Kanz : Nous avons pu lire sur Wikipedia que dans les écoles islamiques qui forment au pencak il faut être musulman et savoir lire le Coran pour être accepté. Est-ce bien le cas ? Quelle est la formation dans ces écoles ?

Shaiful Hakim : C’est vrai. A la base, une condition pour apprendre le pencak silat est d’être musulman. Les maîtres de pencak silat encouragent alors les jeunes à accomplir la prière et à apprendre le Coran. Il y a par ailleurs un aspect éducatif très important. On enseigne ainsi le bon comportement. On associe par exemple un mouvement particulier à la relation que doit avoir le fils à l’égard de sa mère : la première position que l’on apprend pour savoir comment donner un coup de poing, quand on débute, consiste à reculer d’un pas en arrière : la jambe droite se trouve alors derrière. On appelle cette jambe “le fils”. La jambe gauche s’apelle “la mère”. Quand on a fini le travail, on ramène la jambe droite à sa place. Le maître dit alors à son disciple : “Lorsque le fils a un problème avec sa mère, il faut qu’il revienne demander le pardon de sa mère. Toujours. Ne quitte jamais ta mère.”
C’est là un exemple parmi bien d’autres.

Al-Kanz : Ce sport est pratiqué aussi bien par les femmes que par les hommes. Quelle est la proportion de femmes par rapport aux hommes ?

Shaiful Hakim : Oui, il est aussi pratiqué par les femmes. Mes trois soeurs pratiquent toutes, ainsi que mes septs frères. On compte 45 % de femmes dans ce sport.

Al-Kanz : Nous vous laissons le dernier mot. Que diriez-vous aux lecteurs d’Al-Kanz pour leur donner envie de pratiquer le pencak silat ?

Shaiful Hakim : J’aime cet art et j’aime le partager avec autrui, car il est source de bien. Pour le plaisir, pour la santé et encore pour le silaturrahim (lien de fraternité). Marhaban bikum (vous êtes les bienvenus) !

Informations pratiques

Région Ile-de-France

Espace Cordier MJC
361 avenue de Vercors
77350 Le Mée-sur-Seine
(RER D direction Melun, arret Le Mée)
Horaire : Mercredi de 19h-20h30
Contact : shaifulhakim@yahoo.com

Région Nord

Complexe sportif Alain Poher
Chemin Saint Georges
59920 Bondue
(pas loin de Lille)
contact: panglimasilat@wanadoo.fr

Dublin, Irlande

Silat Seni Gayong Ireland
Royal College of Surgeons Ireland .
123 St Stephens Green .
Dublin 2, Ireland

Tarif : 160 euro par an

A la fin de l’année, les grades sont attribués :

Noire débutant : kuncian (les clés), pukulan (combat), pentas (choréographie à main nue), tous les techniques à main nue, lutte, au sol et coup de pieds, l’acrobatie, etc.

Blanche : kuncian (clé avancée), kunci hidup (contre-clés), pukulan (combat avancé), tongkat (bâton de taille moyenne), combat (technique rapide de combat)

Verte : technique de pisau (couteau), tongkat panjang (bâton long), keris (poignard malai), technique avancée de combat à coude et à genou.

Rouge : parang (machette malai), technique avancée de couteau (couteau double), keris et bâton (bâton double), technique de casse : brique, noix de coco, etc.

Jaune : lembing (javelot et lance), cindai (arme souple, foulard), maniement de rantai (chaîne), technique de corde (clé, désarmément, étranglement), kerambit (couteau courbé, comme l’ongle de tigre), kapak (harche), tekpi (sai/trident) et cota (tonfa), sabre et bouclier, double sabre, etc.

Noire maître.

Découvrez les précédentes interviews
- Le succès économique du foie gras repose sur l’ignorance des consommateurs
- Voir La Mecque et mourir
- L’Alambra, restaurant halal de standing
- Unicitewear, street wear islamique

- Muslimshop : des livres et de l’humanitaire


TAGS :
, , , ,