Ramadan 2025 – 1446. À l’approche de l’Aïd al-Fitr, probablement célébré lundi 31 mars selon l’observation lunaire, vous vous demandez si votre enfant doit aller en cours ce jour-là. Et vous, en tant que fonctionnaire ou salarié du privé, pouvez-vous vous absenter ?
Ce que dit la loi sur les absences pour fêtes religieuses
En France, la législation autorise les élèves et les agents de la fonction publique à s’absenter à l’occasion de leurs « grandes fêtes religieuses », qu’ils soient de confession musulmane, juive, bouddhiste, orthodoxe ou arménienne. L’Aïd al-Fitr, comme l’Aïd al-Adha, fait partie des fêtes reconnues ouvrant droit à une absence exceptionnelle.
Fêtes religieuses reconnues par l’Etat
Fêtes orthodoxes
– Théophanie selon le calendrier grégorien ou selon le calendrier julien
– Grand Vendredi Saint
– Ascension
Fêtes arméniennes
– Fête de la Nativité
– Fête des Saints Vartanants
– Commémoration du 24 avril
Fêtes musulmanes
– Aïd al-adha
– Aïd al-fitr
– Al Mawlid al-Nabawi (en islam, il n’existe que deux fêtes et seulement deux fêtes. Al-Mawlid an-Nabawi n’est pas une fête)
Fêtes juives
– Chavouot (Pentecôte)
– Roch Hachana (jour de l’an : deux jours)
– Yom Kippour (Grand Pardon)
Fêtes bouddhistes
– Fête du Vesak
A l’école
La loi autorise explicitement, à titre exceptionnel, l’absence des élèves concernés par certaines fêtes religieuses. La référence en la matière est la circulaire N°2004-084 du 18 mai 2004, Journal officiel (JO) du 22 mai 2004, qui précise :
« Des autorisations d’absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé et dont les dates sont rappelées chaque année par une instruction publiée au BO [Bulletin officiel, NdlR]. »
Si la règle est l’obligation d’assiduité (article L. 511-1 du Code de l’éducation), écolier, collégiens, lycéens et étudiants ne pourront être sanctionnés s’ils choisissent de ne pas assister aux cours ce jour-là.

Toutefois, selon la formule usitée par les inspections d’académie dans leur correspondance destinée aux responsables d’établissement, ces absences « doivent être compatibles avec l’accomplissement des tâches inhérentes à leurs études et avec le respect de l’ordre public dans l’établissement ».
Dans la fonction publique
Là aussi la loi est claire : tout agent de la fonction publique peut prétendre à un congé pour cause de fête religieuse dès lors que son absence ne perturbe pas le fonctionnement normal du service.
Comme pour les élèves et les étudiants, les fonctionnaires peuvent donc aussi s’absenter « dans la mesure où cette absence est compatible avec le fonctionnement normal du service », ains que le précise la circulaire du 10 février 2012, qui fait référence en la matière. L’autorisation est accordée par les chefs de service.

Dans le secteur privé
Dans le secteur privé, aucun texte de loi ne reconnaît explicitement un droit au congé pour motif religieux. Si vous souhaitez vous absenter pour l’Aïd al-Fitr, vous devez en discuter, voire négocier, avec votre employeur et obtenir son accord.
A ce propos, dans une enquête de référence — Entreprise et religion : Quelles dispositions pour une liberté fondamentale ? —, Anne Lamour, consultante pour le cabinet de conseil First and 42ND, offre des pistes intéressantes : « La négociation individuelle étant à l’évidence précaire pour le salarié, qui pourra difficilement négocier dès l’embauche d’éventuelles absences pour motif religieux, c’est au plan collectif, par accord d’entreprise ou par voie de convention collective, qu’on peut envisager d’accommoder la norme commune afin de respecter la liberté de religion. Déjà, certaines conventions collectives ou certaines entreprises du bâtiment contiennent des dispositions en ce sens, prévoyant notamment la possibilité pour les salariés de chômer pour la fête de l’Aïd el-Kebir. »
Gare aux zélotes d’une laïcité dévoyée
On le sait, des fonctionnaires zélés pourraient malheureusement s’opposer à ce que des élèves s’absentent particulièrement le jour de l’aïd. Chaque année, des parents se retrouvent confrontés à des refus injustifiés de la part de professeurs ou d’agents administratifs.
Pour éviter toute mésaventure, nous vous conseillons de vous munir des références légales, voire d’imprimer la circulaire N°2004-084 du 18 mai 2004 (Journal officiel du 22 mai 2004, point 2.4). Attention : ce texte ne concerne que les écoles publiques. Pour les établissements privés, il est préférable de contacter la direction en amont de la fête.
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